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Ce que les chiffres cloud 2026 de l’État français disent à un CTO européen

En mars 2026, la France a publié des chiffres concrets sur sa transition vers le cloud souverain. À lire pour un CTO qui évalue une migration : où les options européennes sont désormais crédibles, et où subsistent les écarts.

Le 26 mars 2026, la direction interministérielle du numérique (DINUM) a publié ses chiffres sur la transition de l’État vers le cloud souverain. Lisez-les non comme un satisfecit national, mais comme un signal de demande : l’un des plus grands acheteurs publics français indique au marché où il dépense, et auprès de qui.

Pour un CTO ou un responsable de plateforme, dans l’Union européenne ou au Royaume-Uni, qui pèse une migration hors d’un hyperscaler, c’est une donnée utile. Elle montre où les offres européennes ont assez mûri pour qu’un État s’y standardise. Lue avec honnêteté, elle montre aussi où le travail n’est pas terminé.

La demande est en mouvement

La DINUM fait état de 84 M€ de commandes passées sur le marché interministériel « Nuage public » en 2025, en hausse de 62 % par rapport à 2024. Le nombre de projets actifs progresse de 42 %. Quelque 847 projets distincts ont passé commande, soit en moyenne deux nouveaux projets par jour, et 27 % de structures publiques supplémentaires ont recouru au cloud par rapport à l’année précédente.

Ici, la valeur absolue compte moins que la tendance. Un marché qui croît à ce rythme est un marché où les fournisseurs continuent d’investir, où l’outillage s’améliore, et où chaque migration devient un peu plus simple que la précédente. C’est cet effet cumulatif qui doit retenir l’attention d’un acheteur.

La commande publique bascule vers l’Europe

Selon la DINUM, 70 % des commandes du marché « Nuage public » sont allées à des fournisseurs européens en 2025 ; sur le seul périmètre de l’État, ce taux atteint 99 %. Les offres qualifiées SecNumCloud ont progressé de 20 % en volume et de 10 % en montant sur l’année.

Cela s’inscrit dans la doctrine « Cloud au centre », en vigueur depuis 2021, qui fait du cloud le choix par défaut pour les nouveaux systèmes d’information de l’État et l’oriente vers des offres qualifiées et de confiance. SecNumCloud, la qualification délivrée par l’ANSSI, l’agence française de cybersécurité, est l’étalon auquel ces fournisseurs sont mesurés.

L’État cite aussi des systèmes déjà hébergés sur des clouds français : le SI SAMU, le Géoportail de l’IGN, ou encore les démarches d’inscription sur les listes électorales. La Plateforme des données de santé (le Health Data Hub) doit, elle, migrer vers un cloud de confiance d’ici 2027.

Ce que « européen » veut dire, et ne veut pas dire

L’offre phare à décrocher la qualification SecNumCloud fin 2025 est PREMI3NS, de la société S3NS. Selon la DINUM, S3NS est détenue à 95 % par Thales et à 5 % par Google, et son offre s’appuie sur la technologie Google Cloud exploitée sous le régime SecNumCloud. Voilà l’arbitrage énoncé sans détour : une exploitation souveraine et un contrôle juridique sur le sol français, bâtis sur une technologie d’hyperscaler sous licence.

Ce n’est pas la même chose qu’une pile entièrement indépendante et européenne, et la DINUM ne le prétend pas. Pour un CTO, cette distinction est décisive : SecNumCloud atteste de la manière dont une offre est exploitée et gouvernée, c’est-à-dire sa mise à l’abri de toute portée juridique extraterritoriale. Il n’atteste pas de l’origine européenne de chaque couche technologique. Énoncez cette exposition de façon factuelle, pesez-la au regard de votre propre modèle de risque, et avancez.

Parmi les autres offres citées comme qualifiées ou en cours de qualification figurent Bleu, Scaleway, OVHcloud et NumSpot. Sur la couche SaaS, la DINUM mentionne Oodrive, Whaller, Pronote et Wimi. Côté IA, elle pointe les modèles de Mistral AI déployés sur l’infrastructure SecNumCloud d’Outscale. C’est une chaîne entièrement française, à noter pour les équipes qui tiennent souveraineté et IA moderne pour incompatibles.

La souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, collectivement.

Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique

Ce que cela change pour votre migration

La lecture utile pour un CTO est plus étroite que le titre. Trois enseignements découlent de ces chiffres.

  • Là où un acheteur public de cette taille a déjà migré des systèmes critiques, le chemin est dérisqué. Un géoportail et un formulaire d’inscription électorale tournant sur un cloud français, c’est une preuve réelle et vérifiable, pas une promesse commerciale.
  • Les options souveraines crédibles se concentrent aujourd’hui sur le calcul, le stockage et une couche SaaS grandissante. Ce sont les domaines qu’une cartographie honnête AWS/Azure/GCP note « mature » ou « viable ». C’est par là que vous commencez.
  • Les écarts ne se referment pas parce qu’un État a atteint ses objectifs. L’étendue du serverless, les plateformes de ML managées et l’edge mondial restent les cas difficiles. Un État qui déplace un géoportail ne prouve pas qu’un produit fortement serverless et fortement ML se migre aussi proprement.

Et les systèmes les plus sensibles sont encore en vol : le Health Data Hub n’est attendu sur un cloud de confiance qu’en 2027. Traitez cette échéance comme un calendrier, non comme un fait acquis, avec la même rigueur que pour toute feuille de route de migration qui n’a pas encore basculé.

C’est une réussite industrielle et stratégique française qu’il faut maintenir et amplifier.

David Amiel, ministre chargé des Comptes publics

Le signal de Paris est réel : la demande européenne est crédible, et elle croît là où elle est crédible. Ce n’est pas dire que tout se migre proprement. Cartographiez votre propre patrimoine, service par service, concédez les écarts à voix haute, et migrez d’abord ce qui se déplace sans heurt. C’est toute la méthode, et elle survit au premier appel sceptique précisément parce qu’elle ne survend rien.

Sources

  1. DINUM, « L’État accélère sa transition cloud et se tourne résolument vers des offres européennes souveraines », 26 mars 2026